Patiente et reste forte

Par hdab

Une jeunesse débordante ne se laisse jamais abattre ; il y a toujours un lendemain radieux qui attend lorsqu'on a vingt ans. Tomber et se relever, tels sont les défis de la vie et l'on ne peut connaître de réussite complète si l'on n'a jamais essuyé d'échec. Et quel sentiment plus fort que l'espoir pour permettre de continuer à avancer malgré les difficultés ?

C'est ainsi qu'Amina voit la vie, elle qui a perdu tant d'êtres aimés dans le conflit qui divise son pays. Elle a vu ses parents soufflés par la déflagration d'une bombe, il y a un an déjà. Pourtant, elle n'a jamais perdu foi en l'avenir. Son petit frère a été emporté peu de temps après par la maladie. Le reste de sa famille, oncles, tantes et cousins ont déserté la région, espérant vivre des jours plus heureux sous d'autres horizons.

Amina a décidé de rester et de résister à l'oppression. Elle est persuadée qu'après la pluie viendra le beau temps, et que la guerre cessera bientôt. Elle a vu tellement de villages détruits et de familles dévastées par la douleur, mais elle n'a jamais voulu baisser les bras. Son fiancé a été emmené sous ses yeux par une milice armée et elle ne l'a plus revu. Pourtant, son cœur bat et palpite d'ambition.

 

Des rêves plein la tête

Amina a une passion : ce sont les cerisiers. Elle avait un vieil oncle avant la guerre qui possédait un verger rempli de cerisiers. Elle aimait y passer du temps et cueillir les fruits tant aimés. Depuis, le verger a été détruit et on ne trouve plus de cerises dans tout le pays.

Elle a également un rêve : elle aimerait s'exiler en France, à la périphérie de Paris, à cheval entre ville et campagne. Elle aimerait y cultiver des cerises et en faire profiter le monde entier. Le conflit qui lamine son pays dure depuis trois ans déjà. Mais elle ne s'est jamais laissée envahir par le doute. Elle travaille chaque fois qu'elle le peut et qu'on le lui permet, dans des fermes, des hospices ou des hôpitaux. La jeune fille nettoie, s'occupe des soins des blessés et effectue toutes les tâches qu'on lui demande. Elle économise pour le voyage de trois mille kilomètres qu'elle souhaite effectuer dès que son épargne le lui permettra. Tout le monde vit sous la peur des bombes et des armes à feu, mais Amina ne perd jamais espoir.

Un jour, elle accomplira son rêve et vivra heureuse loin du sang et des larmes. Tout son trésor se trouve caché dans la petite chambre qu'elle loue en haut d'un bâtiment relativement épargné, au centre du quartier le plus populaire de la ville.

 

explosion gueurre

Une vie renversée

Un soir, en rentrant tard, elle remarque un groupe d'hommes armés au coin de la rue où elle réside. La peur la saisit au ventre et lui rappelle de très mauvais souvenirs.

Elle décide d'attendre le départ des hommes avant de se faufiler dans le bâtiment. La jeune fille ne les entend plus, c'est le bon moment pour se glisser à travers la porte d'entrée. Vite ! Elle prend les escaliers et les monte quatre à quatre. Arrivée au sommet de la bâtisse, quelle n'est pas sa surprise en apercevant un des hommes devant sa petite chambre ? Elle ne peut même pas l'esquiver, d'autant plus qu'elle entend d'autres rebelles gravir les escaliers derrière elle. Amina est tétanisée et attend recroquevillée contre le mur, lorsque les coups et les insultes fusent, une main l'agrippe et la traîne vers sa chambre, elle a le temps d'entendre ses tortionnaires enfoncer la porte avant de s'évanouir sous les coups répétés.

Amina sort deux ou trois fois de sa torpeur pour se sentir transportée de sa chambre vers une destination inconnue. Elle perçoit une voix familière dans ce qui lui semble être un rêve.

Lorsqu'elle sort de son sommeil, elle entend cette voix lui parler doucement ; c'est sa voisine du dessous, une dame âgée avec qui elle entretient des relations amicales. Elle lui apprend qu'elle l'a trouvée évanouie, ayant perdu beaucoup de sang, avant de prévenir les secours. Amina comprend qu'elle a frôlé la mort et ne doit sa survie qu'à cette vieille dame. Les larmes coulent à flots, des larmes de souffrance mêlées à des larmes de gratitude envers la vieille dame.

femme qui patiente

Notre rescapée se remet doucement de ses blessures ; elle décide de retourner chez elle malgré les recommandations des infirmières qui la soignent. Sa chambre est sens dessus-dessous et beaucoup de ses effets personnels ont disparu. Amina se précipite à l'endroit où elle cache son trésor, mais il n'y a plus rien. Des mois et des mois d'économie ont disparu en quelques instants ; toutes les larmes du monde ne suffiront pas à soulager sa peine. Affalée à même le sol, accablée de douleur aussi bien en son corps qu'en son âme, elle pense en finir avec ce monde de violence et d'injustice. Elle n'a qu'à ouvrir la fenêtre et se précipiter sur le bitume qui n'attend qu'elle pour enregistrer plus de peine, de sang et d'amertume.

 

La fuite

Soudain, son regard tombe sur le pendentif que lui a offert sa mère quelques jours avant de disparaître : une étoile au bout d'une chaîne symbolisant l'espoir d'une vie meilleure. Elle se souvient de la promesse qu'elles s'étaient faite de se battre jusqu'à leur dernier souffle, pour vivre la vie qui mérite d'être vécue. Il n'en faut pas plus à Amina pour se ressaisir ; elle n'a plus rien, ni personne, plus rien ne la retient dans ce pays de désastre. Elle prépare un petit sac, tient à faire ses adieux à la voisine à qui elle doit la vie. Celle-ci, apprenant la décision de la jeune fille de quitter la désolation afin d'espérer une vie meilleure, n'essaie pas de la retenir. Par contre, elle lui remet le peu d'argent qu'elle a de côté afin de l'aider dans son voyage. Amina tente de refuser, mais la vieille ne veut rien entendre.

Elle quitte sa ville de naissance, le chagrin au cœur, laissant tous ses souvenirs d'enfance derrière elle.

Quelques semaines de voyage plus tard, traversant les villages détruits à pied, à dos de mule ou en véhicule, elle voit le paysage changer au fur et à mesure de son avancée. Elle se cache pour traverser les frontières, évite tout groupe d'hommes suspects, dormant à la belle étoile, sauf les rares fois où un habitant hospitalier la prend en pitié. Amina mange très peu, se contentant de ce que les gens veulent bien lui offrir ; elle est devenue très maigre, presque décharnée. Néanmoins, cela n'atténue pas son charme de jeune fille.

Amina est entrée en France et marche sur le bord d'une route boisée depuis quelques heures, lorsqu'un couple s'arrête à sa hauteur, intrigués par cette fille seule, loin de tout endroit habité. Ils se prennent d'affection pour son histoire et décident de la rapprocher le plus possible de son rêve. Tout cela tombe très bien, car ils ont de la famille près de la capitale française, un cousin du nom de Jamel qui tient un restaurant et qui accepte volontiers d'aider, d'héberger et de fournir du travail à Amina. Elle peut de nouveau se projeter dans l'avenir. Elle apprend la langue de Jamel, tombe éperdument amoureuse de lui et lui fait part de son rêve. Le jeune amoureux est enthousiasmé par l'ambition de sa moitié.

 

Un nouvel espoir

Moins d'un an après leur rencontre, tous les espoirs d'Amina commencent à prendre forme : elle a donnée naissance à une belle fleur nommée Amel et ils ont acquis un terrain à quelques kilomètres de la capitale, qu'ils ont ensemencé de jeunes cerisiers. Deux hivers passent, puis le printemps suivant commence la floraison des dizaines de cerisiers que le jeune couple a planté, puis des milliers de cerises voient naître le jour, toutes plus belles les unes que les autres. Amina sent naître en elle quelque chose de nouveau. Au-delà de l'espoir, c'est le bonheur qui la transporte. Elle aurait aimé faire partager cela à tous ceux qu'elle a laissé derrière elle, les vivants comme les morts.

cerisier fleurs champs

En prenant des nouvelles du pays, elle apprend que la guerre est finie, que la population réapprend à vivre, et que la reconstruction est enclenchée. Amina aimerait faire découvrir son pays à Jamel et à sa fille. Elle se rend dans la ville qu'elle a toujours connue et retrouve son ancienne voisine. Elle est encore vivante. Elles se racontent des souvenirs de la guerre. La vieille dame n'a jamais quitté la ville et a cru plusieurs fois mourir ; elle a tenu bon et est soulagée de voir le pays se relever petit à petit. Elle pourra quitter ce monde sereine.

 

Beaucoup de ceux qu'Amina connaissait ne sont plus là, mais la jeunesse du pays veut croire en l'avenir et cela lui rappelle sa propre fougue. Elle sait que c'est cette jeunesse qui aidera le pays à se relever. Elle a les moyens de venir en aide à sa patrie maintenant que la vie lui sourit, à travers le soutien moral, des dons caritatifs et des échanges établis entre son pays de naissance et son pays d'adoption. Amina fait le tour de la région et plante une graine d'espérance chaque fois que la chose lui est possible, par un mot, un geste et tout ce qu'elle peut. Désormais, elle vit dans son pays d'adoption, la France, mais elle ne lâchera jamais la main de ses compatriotes. Elle essaiera toujours de réveiller chez chacun d'eux, ce sentiment qui l'a fait tenir jusque-là et croire en la vie : l'espoir.

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