Zéphyr et Minala

Par hdab

Zéphyr était en proie aux sentiments les plus forts, les plus intenses qui soient, cela faisait deux jours que son regard et celui de la jeune princesse s'étaient entremêlés, créant ce trouble qui ne cessait d'évoluer. C'était jour de fête, le premier jour de la saison des roses. Zéphyr, pâtre de son état, avait emmené ses bêtes découvrir de nouveaux pâturages, s'aventurant un peu trop loin du domicile familial, un peu trop près du palais royal. Tandis qu'il rassemblait le bétail pour le retour à l'étable, le soleil était parvenu au zénith et la pause du milieu de journée s'annonçait. C'est alors que la plus jeune de ses chèvres s'éloigna du troupeau et se dirigea vers le bord de la falaise abrupte, menaçant de tomber parmi les cascades surplombant les vastes jardins du roi.

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Il avait de justesse empêché l'animal de glisser, lorsqu'il aperçut un groupe de femmes se promenant au milieu des arbres et des plantes. Il remarqua soudain la plus belle créature qu'il ait jamais vue, le visage le plus doux qui puisse être. Son sang se glaça, son cœur se serra. Il eut le souffle coupé à la vue de cet être magnifique, digne de la plus belle estime qui soit : une chevelure d'ébène resplendissante, de grands yeux couleur jade transperçant le cœur le plus dur, un nez aquilin à faire fondre d'amour, une bouche raffinée, plus somptueuse que tous les boutons de roses de ce vaste monde, et une peau d'un blanc laiteux, à n'en pas douter, d'une douceur extrême. Zéphyr resta figé ne pouvant faire le moindre mouvement, paralysé à la vue de cette créature paradisiaque. Néanmoins, il remarqua que la belle le regardait également, ne détournant à aucun moment le regard de l'intrus, semblant elle-même fascinée par la vue du jeune berger. Mais le rêve fut de courte durée, car une agitation soudaine le fit sortir de sa torpeur : des gardes accouraient aux cris de " halte à l'intrus ! "

Il n'hésita pas un instant, connaissant la réputation du roi, et de sa jalousie légendaire, lui qui cachait à la vue des gens la beauté de sa fille. Il finirait certainement au cachot s'il était alpagué. Il rassembla ses bêtes et les emmena le plus rapidement possible à travers la forêt, là où il était sûr de semer ses poursuivants. Il arriva sain et sauf à la demeure de ses parents, à la fois subjugué par la vision de rêve qu'il avait eue et effrayé par ce qu'elle aurait pu lui coûter. Lorsqu'il eut repris ses esprits, son cœur recommença à s'emballer. La passion, la vraie, l'envahissait soudainement. Désormais, son âme ne serait plus en paix tant qu'il n'aurait pas revu la belle princesse, cette princesse dont il avait entendu si souvent vanter la beauté, Minala la bien nommée. Depuis, le trouble était grand, ses pensées étaient pleines de l'être aimé, son esprit était dominé par la belle. Il décida, après deux jours et deux nuits passées à se consumer, de composer et de lui faire parvenir coûte que coûte, une ode destinée à lui faire entrevoir ses sentiments.

Zéphyr ne tenait plus, il lui fallait à tout prix approcher la princesse. Mais l'affaire n'était pas simple ; elle était constamment surveillée et ne se retrouvait seule qu'à la nuit tombée. Il s'échappa un soir discrètement de la chaumière où il résidait, et reprit le chemin des jardins du roi. Furtivement, il se faufila au plus près du palais, en fit le tour plusieurs fois en évitant de se faire repérer. Soudain, la chance fut avec lui : à la fenêtre d'une des chambres du palais, il distingua la princesse Minala observant la lune qui était pleine, soupirant à l'envie. Il approcha discrètement de la bâtisse, grimpa à l'ombre de la colonne d'un pilier montant au premier étage et, toujours caché, il héla la belle :

- Princesse, belle princesse, mon cœur palpite d'émoi en entendant votre voix.

- Oh là ! Qui va là ? Un voyou ? Un brigand ?

- Rien de cela princesse, je suis votre servant.

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Et Zéphyr se montra à la princesse qui, l'apercevant, écarquilla grand les yeux. Ses joues s'empourprèrent et son corps se mit à trembler ; elle prononça avec émotions ces mots :

- Toi ici ? Enfin je te retrouve, tu n'as quitté aucune de mes pensées depuis que je t'ai vu, comment te nommes tu, toi qui as pris mon cœur, envouté mon âme ?

- Je me nomme Zéphyr, noble princesse et je suis venu vous déclarer mes sentiments à travers ces quelques strophes :

Au milieu du jardin d'Eden, une fleur m'est apparue

Mon âme est emprisonnée, mon cœur est corrompu.

Ma vie n'a plus de sens si elle est privée de ton visage,

Si tu m'ignores, triste sera la destinée que j'envisage.

Laisse-moi, rien qu'une fois, te serrer dans mes bras.

Ainsi, tu contenteras mon âme et mon cœur vibrera,

Vibrera de ce grand amour dont j'ai tellement rêvé.

Je pourrais pour toujours laisser mon âme reposer,

Car elle aura connu la satisfaction intense, absolue.

Minala, un seul baiser de toi et mon être sera repu.

La princesse fut bouleversée par ces mots tendres, emplis d'amour et langoureux, ses yeux brillaient d'un éclat lumineux et son cœur battait la chamade. Elle avait également préparé une douce litanie pour Zéphyr, après l'avoir invité sur le balcon de sa suite, elle débuta ainsi :

Un saphir me fut offert par un jour enchanté,

Un lapis-lazuli fait pour m'orner de sa beauté.

Venu de loin dans le seul but de me délivrer,

Me libérer de mes chaînes d'or et m'emmener

Dans son monde, son paradis, afin de m'aimer

Me chérir, m'inonder de ses tirades enchantées.

Un seul regard échangé et le lien fut éternel,

Rien ne peut faire cesser cet amour perpétuel.

Enchaîne-moi dans tes bras ô mon amour,

Nous serons liés ensemble pour toujours.

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Minala scruta l'âme de Zéphyr après ces paroles. Il lisait dans son cœur comme dans un livre ouvert, les mots ne suffiraient plus désormais, ils se prirent dans les bras et prièrent pour que cet instant dure, encore et encore pour l'éternité...

 

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